Du soutien pour les études postsecondaires : un filet de sécurité pour croire en son avenir

14 avril 2026

Johanne Baril et Marjolaine Mercier accompagnent des jeunes adultes qui ont eu un parcours à la DPJ et qui poursuivent des études postsecondaires.

Passer d’une vie très structurée, que ce soit en centre jeunesse ou en foyer de groupe, à un quotidien où l’on ne peut compter que sur soi-même, ça demande du temps et beaucoup d’ajustements.

Pour les jeunes qui quittent la DPJ à l’âge de 18 ans, la transition vers la vie autonome est une période charnière qui peut prendre des allures de course à obstacles. Trouver un logement, payer le loyer, faire l’épicerie, gérer les factures, travailler pour subvenir à ses besoins : sans soutien familial adéquat et sans filet social suffisant pour faire face à cette nouvelle étape, la pression monte vite et le quotidien s’avère difficile.

À travers toutes ces responsabilités à apprivoiser, la poursuite d’études postsecondaires devient un véritable défi. En proposant une aide financière et un accompagnement humain, sécurisant et personnalisé, le Fonds de soutien à la persévérance scolaire pour les études post-secondaires a le pouvoir, pour les jeunes de la DPJ en transition vers la vie autonome, de transformer une impossibilité en défi et un décrochage en réussite.

Au cœur de ce soutien essentiel, deux intervenantes qui s’y consacrent à temps plein, Johanne Baril et Marjolaine Mercier (par intérim), toutes deux employées du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Pour bien des jeunes, leur présence est devenue un véritable point d’ancrage, un repère qui guide et qui ne les laisse pas tomber.

Qu’est-ce que le Fonds de soutien, exactement?

Financé par la Fondation des jeunes de la DPJ et porté en partenariat avec le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, le Fonds de soutien à la persévérance scolaire pour les études postsecondaires s’adresse aux jeunes de la DPJ en transition vers la vie adulte âgés entre 18 et 25 ans, qui ont connu un placement de plus de trois mois et reçu des services de la part de travailleurs sociaux ou de travailleuses sociales sur l’île de Montréal.

Sa mission : soutenir la poursuite d’études postsecondaires, que ce soit au cégep, à l’université ou en formation professionnelle. À l’heure actuelle, une centaine de jeunes bénéficient du programme à Montréal.

Contrairement à ce que peut laisser croire l’adage « quand on veut, on peut », la persévérance scolaire n’est pas qu’une question de volonté. Étudier demande d’évoluer dans un cadre offrant une certaine stabilité, qui permet de manger et dormir correctement, d’avoir accès à des ressources et de ne pas devoir travailler 30 heures par semaine pour subvenir à ses besoins de base.

L’accompagnement proposé par les intervenantes est multiple, tient compte de tous les aspects impactant la persévérance scolaire et outille les jeunes de la DPJ pour qu’ils puissent faire face aux défis rencontrés avec confiance.

À la ligne d’arrivée : un diplôme, un métier, un projet d’avenir et toute la fierté du monde.

Un soutien financier qui survient au bon moment

Le premier obstacle qui se dresse sur la route des jeunes de la DPJ aspirant à poursuivre des études postsecondaires est le stress financier. Entre les comptes à payer et la hausse du prix des loyers, allouer un poste budgétaire à ses études peut sembler utopique. 

Le coût des études : plus que les frais de scolarité

En plus de rembourser les frais de scolarité, la Fondation apporte une aide financière couvrant les déplacements en transport en commun, les frais d’admission et d’examens, les livres et fournitures scolaires, les uniformes et même l’achat de vêtements adaptés pour des stages liés à certains milieux de travail. Pouvoir compter sur ce soutien allège considérablement le poids financier qui repose sur les épaules des jeunes.

Équipement informatique : pour démarrer du bon pied

Faire des études postsecondaires sans ordinateur? Entre les prises de notes, les travaux, les rencontres d’équipe et les plateformes scolaires à consulter, on peut dire que c’est mission impossible. Pourtant, pour certains jeunes, l’ordinateur est un luxe. Certains tentent même de pallier son absence en utilisant leur téléphone.

Le Fonds de soutien peut leur permettre d’avoir accès à l’équipement dont ils ont besoin pour bien démarrer leur parcours. Recevoir un ordinateur et les accessoires connexes (clavier, souris, écouteurs) donne un réel élan vers la réussite.

Mesures d’urgence : aide alimentaire et soutien au loyer

Quand on poursuit des études tout en jetant les bases de sa vie autonome, il suffit d’un imprévu pour que l’équilibre vacille. Le soutien aux études postsecondaires aide alors à enlever des obstacles bien concrets.

Si un jeune perd son travail ou qu’une session chargée de stages lui laisse moins de temps pour travailler, un soutien ponctuel peut enlever juste assez de pression pour éviter le décrochage. De manière sporadique, des paiements de loyer d’urgence, des cartes-cadeaux d’épicerie ou le remboursement de certaines factures liées à des frais de subsistance sont proposés, le temps de permettre au jeune de respirer et de terminer sa session en gardant la tête hors de l’eau.

Mais au-delà des dépenses à couvrir, il y a aussi tout ce qu’il faut apprendre en chemin : comprendre les démarches à entreprendre, apprivoiser les ressources en place, trouver les bons repères.

Un filet humain derrière les études

Savoir qu’il y a quelqu’un au bout du fil qui écoute sans jugement, guide avec bienveillance et accueille avec ouverture, ça fait toute la différence dans la poursuite d’un projet de vie qui demande confiance et courage. De là toute l’importance de l’accompagnement personnalisé offert par Johanne et Marjolaine.

On devient la personne-ressource des jeunes qu’on accompagne, leur réseau, celle vers qui ils se tournent pour répondre à leurs questions ou trouver des pistes de solutions.

Johanne Baril
Éducatrice responsable du Fonds de soutien à la persévérance scolaire pour les études postsecondaires

Comment se traduit concrètement cet accompagnement? Les intervenantes peuvent, par exemple :

  • expliquer l’existence des assurances étudiantes à une jeune qui a besoin de lunettes;
  • orienter un jeune avec un TDAH vers les services d’aide dans son milieu scolaire et l’informer des accommodements possibles auxquels il a droit;
  • démystifier les déclarations d’impôts et mettre en lumière l’importance de les remplir, même avec peu de revenus, afin de ne pas se couper des crédits et du soutien disponibles;
  • éduquer sur les prêts et bourses et aider à faire une demande avec tous les documents nécessaires en main;
  • guider une jeune vers un conseiller en orientation quand elle réalise que le programme choisi ne lui convient pas.

S’adapter à la situation unique de chaque jeune fait partie des forces du soutien de Johanne et Marjolaine, qui sont ensuite en mesure de les orienter vers les ressources appropriées.

De l’aide qui renforce la réussite : tutorat et soutien thérapeutique

Face à un cours plus difficile, une session exigeante ou un enjeu de santé mentale qui affecte la concentration, les jeunes peuvent faire une demande à la Fondation des jeunes de la DPJ pour avoir accès à du tutorat ou du soutien thérapeutique, selon leurs besoins.

Tutorat : un coup de pouce concret pour reprendre confiance

Les jeunes souhaitant être accompagnés dans leurs matières de base comme le français, l’anglais et la philosophie peuvent avoir accès à un programme de tutorat proposé par Tutorax.

« Les retours que nous en avons sont vraiment très positifs », souligne Johanne. « Des jeunes augmentent leurs moyennes, réussissent leurs cours, reprennent confiance. C’est un outil très utile qui les aide à se valoriser dans leur progression et dans leurs réussites. »

Soutien thérapeutique : quand la santé mentale devient un enjeu de persévérance

Quand l’anxiété, la dépression ou d’autres difficultés prennent trop de place, un soutien thérapeutique peut également être offert avec l’aide de la Fondation des jeunes de la DPJ.

Johanne raconte qu’une jeune, en grande détresse après une rupture, a ainsi pu avoir accès à des suivis professionnels après avoir rempli une demande auprès de la Fondation. « Une autre jeune est venue me voir parce qu’elle était aux prises avec des traumatismes qui refaisaient surface et qui minaient sa relation amoureuse. Elle souhaitait consulter une sexologue, mais ne savait pas trop par où commencer. Je l’ai accompagnée dans ses recherches. »

Une aide qui permet non seulement d’améliorer le mieux-être, mais qui contribue directement à favoriser la persévérance scolaire. « Beaucoup de jeunes reviennent nous voir en nous disant “grâce à ça, j’ai pu prendre un pas de recul et poursuivre mes études.” »

Normaliser les difficultés

Dès le début de leur cheminement, Johanne et Marjolaine rappellent aux jeunes que les sessions difficiles font partie du parcours. Il est normal qu’un parcours scolaire ne soit pas linéaire. Quand on a peur de décevoir ou de ne pas être à la hauteur, un échec peut sembler immense et être le signe que « les études ne sont pas pour nous », alors qu’il peut être abordé comme une étape permettant de s’ajuster pour mieux repartir.

Certains se présentent à nous, honteux, en disant « Tu ne seras pas fier de moi, j’ai eu un échec ». Nous, notre travail, c’est d’essayer de comprendre la cause de cet échec et de trouver des moyens ensemble pour que la session suivante se passe mieux. Est-ce que c’était une question d’horaire qui ne convenait pas? S’est-il produit quelque chose dans ta vie? Y a-t-il eu une surcharge de travail ou un enjeu au niveau de ta santé mentale? L’objectif est de trouver des solutions sans jugement, avec une communication ouverte.

Marjolaine Mercier
Éducatrice au programme Fonds de soutien à la persévérance pour les études post-secondaires par intérim

Parfois, des détours sont même nécessaires. Un jeune peut débuter un programme en étant convaincu qu’il y sera à sa place, puis réaliser dès la première session que ce n’est pas le bon choix pour lui. Entamer un parcours d’études, c’est aussi apprendre à se connaître, découvrir ses forces et réévaluer son parcours en conséquence. Bien souvent, quand il quitte un programme pour en intégrer un autre qui lui correspond davantage, la motivation revient, les notes montent et le jeune se projette à nouveau dans un futur possible.

« Ce n’est pas parce qu’un jeune ne se plaît pas au Cégep qu’il n’y a pas d’avenues autres que le décrochage. Il existe des formations professionnelles, des attestations d’études collégiales et différentes formations reconnues. On ouvre l’éventail des possibilités avec eux pour leur permettre de trouver un chemin stimulant et porteur de réussite pour eux, en fonction de leurs forces. »

Des dons qui transforment des trajectoires

Quand on a grandi sans la présence d’entourage bienveillant, qu’on s’est fait dire par des proches qu’on ne ferait jamais rien de bon dans la vie, savoir que des gens croient suffisamment en nous pour investir dans notre avenir a de quoi étonner.

Régulièrement, les intervenantes reçoivent de la part des jeunes des témoignages de gratitude très touchants, dont cette phrase qui revient souvent : « Sans vous, je n’aurais pas réussi. » Johanne remet alors les choses en perspective : « Oui, l’aide compte. Mais le mérite revient d’abord aux jeunes. Ce sont eux qui demandent de l’aide, qui travaillent fort et qui passent à l’action! »

Au moment de recevoir un ordinateur portable en début de session, un jeune m’a dit « Mais pourquoi vous faites ça? » Comme si l’idée qu’on puisse vouloir l’aider était surprenante. Pour lui, cette attention et cette tape dans le dos, c’était énorme. Ce sont des gestes qui ont un immense impact. Ils permettent aux jeunes de passer de « je ne ferai jamais rien » à « je suis capable ». 

Marjolaine Mercier
Éducatrice au programme Fonds de soutien à la persévérance pour les études post-secondaires par intérim

Cette confiance inattendue est un point de bascule qui donne aux jeunes de l’élan, de la dignité, du courage et qui leur permet d’avancer jusqu’à l’obtention d’un diplôme. Faire un don à la Fondation, c’est leur envoyer le message qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils peuvent réussir, eux aussi, malgré leur histoire difficile. Faire un don à la Fondation, c’est les aider à se donner une chance, à développer leur talent et à se construire une vie qui leur ressemble.

Ouvrir le chemin vers la réussite

Le Fonds de soutien pour les études postsecondaires n’élimine pas les défis liés à la vie adulte, mais il aplanit bien des obstacles qui, autrement, pourraient entraîner le décrochage. Il offre des outils, de l’accompagnement et un filet de sécurité qui dit : « toi aussi, tu peux réussir! »

Johanne et Marjolaine le constatent tous les jours : les jeunes veulent être fiers d’eux. Ils veulent avoir un métier et réussir. Et quand on leur en donne les moyens, concrets et humains, ils avancent, grandissent et se dépassent.

Ils sont actuellement une centaine à évoluer sous le regard bienveillant des deux intervenantes et à prouver que, malgré les traumatismes et les épreuves, tout est possible.


Comment accéder au soutien pour les études postsecondaires?

Pour les jeunes qui souhaitent faire une demande d’accompagnement dans le cadre du Fonds de soutien à la persévérance scolaire pour les études postsecondaires, voici la marche à suivre.

À retenir

Les jeunes doivent avoir 21 ans et moins au moment de faire leur entrée dans le programme pour être admissibles. La demande peut se faire dès qu’un ou une jeune reçoit la confirmation de son admission dans un programme d’études postsecondaires (formation professionnelle, cégep, université).

Étapes

Si le ou la jeune n’est pas admissible

Les intervenantes répondent à ses questions, réfèrent vers d’autres ressources et expliquent les démarches possibles. Parce que même quand la réponse est « non », l’objectif est de guider et non de refermer une porte!

Pour toutes questions au sujet du Fonds de soutien à la persévérance scolaire pour les études postsecondaires ou pour recevoir le formulaire de candidature, écrivez à programme.perseverance.scolaire.ccsmtl@ssss.gouv.qc.ca .